Vernissage : mercredi 23.09.26, de 18h à 21h 
Commissaire : Maëlle Dault 


L’exposition

Irene Abello est née à Bogotá en Colombie en 1995. Elle est diplômée de l’École des Beaux-Arts de Paris en 2021. Elle vit à Paris et travaille à Bobigny (Le Wonder). Elle travaille à partir de phénomènes naturels éphémères, parfois à peine perceptibles, qu’elle traite comme des matériaux à sculpter. Par des gestes minimaux, elle cristallise les transformations physiques de la matière et transpose nos expériences perceptives dans des installations, des photographies et des vidéos. Ses pièces invitent ainsi à porter une attention aiguë aux variations insaisissables du réel qui se manifestent dans notre quotidien.

À l’heure où les dérèglements climatiques bouleversent des millions de vies et contraignent des populations entières à l’exil, les forces de la nature se manifestent avec une intensité inédite. C’est de cette matière mouvante et imprévisible que le travail d’Irene Abello se nourrit. En saisissant les métamorphoses de l’eau, de l’air, de la lumière ou du feu, l’artiste donne forme à ce qui échappe habituellement au regard. Ses œuvres révèlent ainsi la fragilité des équilibres naturels et nous invitent à envisager, dans le détail d’une transformation presque imperceptible, les grands bouleversements de notre monde. Là où les catastrophes climatiques constituent les symptômes visibles d’une nature saturée par les excès de notre système, le travail d’Irene Abello en explore les signes plus subtils, faisant de l’attention une expérience à la fois poétique et politique.

 L’exposition Avaler la brume et disparaître se déploie comme une vaste installation composée de trois photographies imprimées sur des voiles translucides. L’une d’elles, Galerne (2026), saisit ce phénomène météorologique également appelé Brouillarta, lors duquel un vent soudain et violent venu du nord-ouest se manifeste, notamment sur les côtes basques, sous la forme d’un front de nuages sombres et bas qui plonge les plages dans une atmosphère opaque et fait brutalement chuter les températures. Tornado (2026) capture la puissance tourbillonnante d’un cyclone, tandis que Se les dice lagunas a los huecos que quedan en los recuerdos (2026) (On appelle « lacunes » les vides qui subsistent dans nos souvenirs) montre des mains pressées contre une surface translucide, comme une tentative de contact avec ce qui demeure hors de portée. Prélevées par l’artiste dans le flot ininterrompu des images, ces trois photographies composent un répertoire visuel de phénomènes fugaces.

Deux sculptures suspendues Satellite I et II (2026) déploient leur présence discrète et flottante dans l’exposition. Composées d’éléments empruntés à l’univers de l’atelier, du laboratoire ou de l’outillage, elles évoquent d’hypothétiques instruments destinés à capter les mouvements de l’air, l’humidité ou les variations atmosphériques. Leur fragilité contraste avec la puissance des phénomènes météorologiques représentés dans les photographies. Entre potentiel scientifique et imaginaire cosmique, ces sculptures aériennes semblent donner corps à l’invisible.

Deux sculptures en bois sont disposées dans l’espace. La première, Dédale (2026), est présentée perpendiculairement au mur. Elle est constituée d’un fragment de bois marqué par le temps, parcouru de nombreuses fissures et altérations naturelles. À son sommet, des strass brillantes ajoutées par l’artiste contrastent avec la matière sombre du bois. Ils évoquent la rosée, l’eau ou la sève. Cette intervention minimale met en dialogue la permanence de la matière et la fragilité de l’instant. La seconde sculpture, verticale, intitulée Qui n’a pas de contours ne devient pas cible (2021), est recouverte d’une multitude de fines pointes métalliques. Les épingles sont implantées une à une dans les trous creusés par des insectes sur l’ensemble du volume, créant un aspect hérissé. Le contraste entre le métal brillant et le bois naturel attire immédiatement le regard.

Plusieurs sculptures explorent les relations entre réflexion, lumière et numérologie à travers un vocabulaire formel minimaliste, introduisant des suites numériques du mathématicien russe Grigori Grabovoï[1]. La première, Ouvrir des nouveaux chemins (2026), est un miroir ovale dont la surface est marquée par les suites numériques « 888 », « 912 » et « 818 », réalisées à l’aide de gouttes artificielles. La seconde, Tout est possible (2026), se présente sous la forme d’un grand disque circulaire en verre cerclé d’un cadre métallique, dont la surface transparente affiche la suite numérique « 6197148 » au moyen de perles en résine. Les séquences numériques sont censées correspondre à une fréquence précise pour résoudre des problèmes de tout ordre. Éclipse (2026) est constituée d’un miroir qui reflète l’espace environnant, incluant la présence du public, tandis qu’une source lumineuse diffuse une lumière chaude. L’ensemble renvoie au phénomène astronomique de l’éclipse, qui se produit lorsque la lune s’interpose entre la terre et le soleil.

Milagros, 2026, une sculpture murale, est un fragment prélevé à une ruche de frelon. La matière, fibreuse et stratifiée, révèle une structure de fines couches superposées, dont les nuances de brun et de gris témoignent du travail des insectes. Une loupe disposée devant ce fragment, invite le spectateur à observer les détails de ce tissage naturel et ses qualités esthétiques. La surface naturelle est ornée d’un chiffre issu des suites numériques de Grigori Grabovoï. L’œuvre interroge ainsi les liens entre nature, perception, croyance et connaissance, en faisant de la loupe un outil d’attention de ce qui demeure habituellement soustrait au regard.

Le titre Avaler la brume et disparaître condense l’expérience sensible proposée dans l’exposition. La brume y apparaît comme une matière à la fois physique et métaphorique : elle trouble la vision, brouille les contours et rend le monde incertain. « Avaler la brume » revient alors à s’immerger dans cet entre-deux, à accepter de perdre ses repères pour éprouver autrement les symptômes de notre époque. Quant à la disparition, elle renvoie autant à l’effacement des formes dans le brouillard qu’au caractère fugace des phénomènes atmosphériques. L’exposition invite ainsi à habiter un espace de perception flottant où apparition et effacement, visibilité et invisibilité, se répondent constamment. La notion de disparition déplace le regard de la catastrophe vers des manifestations plus diffuses. Il ne s’agit pas tant de représenter l’effondrement que de nous rendre sensibles à un monde dont les contours sont instables, où les phénomènes apparaissent, se transforment et s’évanouissent. Cette approche entre en résonance avec le livre d’Anna Lowenhaupt Tsing, Le Champignon de la fin du monde. L’autrice réfute les récits apocalyptiques et décrit, au contraire, un monde déjà traversé par des ruines écologiques, économiques et sociales au sein desquelles de nouvelles formes de vie continuent néanmoins d’émerger. L’attention se porte alors sur les signes ténus de ces transformations ainsi que sur ce qui subsiste et persiste dans des environnements fragilisés.


[1] Les suites de Grabovoï sont des séquences de chiffres créées par le mathématicien russe Grigori Grabovoï, censées harmoniser la réalité, guérir le corps et attirer l’abondance par la vibration de la conscience. Chaque nombre possède une fréquence vibratoire qui correspond à une « norme » universelle et parfaite. Répéter, visualiser ou méditer sur une suite numérique permettrait de corriger un dysfonctionnement physique, psychologique ou financier en le ramenant à sa forme idéale. 


mer. 23.09

18h00 – 21h00

Le Plateau

Vernissage de l’exposition “Avaler la brume et disparaître”

gratuit sans réservation

Vernissage

mer. 07.10

19h00 – 21h00

Le Plateau

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